L’économie sociale et solidaire (Ecosol): un modèle alternatif aux systèmes dominantsL’Union Haguruka des Coopératives Multifilières (Uhacom en sigle), en collaboration avec l’Organisation Appui au Développement Intégral et à la Solidarité sur les Collines (Adisco en sigle), vient d’organiser un atelier de conscientisation à l’Ecosol au profit des leaders des coopératives, des mutuelles de santé, des syndicats, des services de l’Etat et des décideurs. Cette activité a eu lieu au chef-lieu de la province Ngozi, du 5 au 6 août 2021.
L’atelier avait pour objectif de :
Maîtriser le contenu de la charte Ecosol et les éléments de la boussole ;
Susciter l’engagement des parties prenantes à adhérer à la charte Ecosol ;
Prendre conscience de la pertinence de vulgariser la charte Ecosol dans leurs organisations.
C’était une occasion privilégiée de présenter ce modèle aux différents acteurs étatiques et non étatiques impliqués dans la promotion des initiatives de l’Ecosol au Burundi et ce, dans l’objectif de conjuguer les efforts dans l’action pour que celle-ci soit considérée et prise en compte à tous les niveaux comme une stratégie de développement local à même de créer une société durable et plus inclusive. Au cours de cet atelier qui a vu la participation des représentants des institutions de l’Etat (ceux du Ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique, ceux du Ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’élevage ainsi que ceux de l’Agence Nationale de Promotion et de Régulation des Sociétés Coopératives au Burundi « Anacoop » en sigle), les représentants de 11 Organisations de producteurs, coopératives et leurs faitières, 2 représentants des mutuelles de santé et leurs faitières, 1 syndicat ainsi que ceux provenant de 10 Organisations d’appui, il a été indiqué que le Burundi a besoin d’une politique nationale de promotion et d’appui à l’Ecosol.
Comme l’ont appris les participants à cet atelier qui a duré deux jours, l’Ecosol est l’un des modèles alternatifs centré sur la primauté de l’humain sur les profits. C’est une lance de fer dont tout mouvement social devrait se munir afin d’influencer les dirigeants et les populations soucieux de développer des modèles alternatifs aux systèmes dominants, en l’occurrence le capitalisme. L’Ecosol est fondée sur la solidarité et la mise en commun des moyens pour générer des biens, des services et des avantages qui sont partagés en fonction des transactions de chacun en vue de l’amélioration du bien-être social des membres et de la communauté. Elle est également fondée sur des valeurs humaines et une organisation démocratique qui défend les intérêts individuels et collectifs et permettant ainsi la construction d’un mouvement social. M. Roger Ngabirano, Directeur chargé de la promotion et des finances à l’Anacoop et Mme Lisette Nindorera, Directrice de la promotion de l’économie locale, des coopératives et de l’entreprenariat au Ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique en train d’exposer sur l’état des lieux du mouvement coopératif au Burundi

Le non-respect de la loi et l’impunité : frein à l’essor des coopératives
Cet atelier a été une occasion de suivre différentes présentations. Ces dernières ont porté sur les ressorts de l’Ecosol, l’état des lieux du mouvement coopératif au Burundi, les facteurs de succès et d’échec du mouvement coopératif ainsi que la charte de l’Ecosol. Cette dernière montre les bonnes pratiques à promouvoir et les mauvaises pratiques à bannir, et repose sur cinq piliers à savoir la création de la plus-value, la gouvernance démocratique, la solidarité, la gestion autonome et le réseautage. A travers les débats riches d’arguments, on a brossé le tableau sombre de la situation qui s’observe au sein de certaines coopératives. Pour certains, les membres des coopératives ne sont pas à l’origine de la faillite des coopératives ; les dirigeants des coopératives sont responsables de cette situation calamiteuse, ont-ils révélé, avant d’ajouter avec amertume que le comble de malheur est qu’ils restent impunis. Pour ce faire, certains ont demandé que ces gens qui constituent un frein à l’essor du mouvement coopératif soient poursuivis et traduits en justice. Le Burundi ne connaîtra jamais de développement durable s’il n’y a pas de respect des biens du peuple, a indiqué l’un des participants.
« L’octroi des aides faciles ne fait que maintenir les bénéficiaires dans la mendicité »
Dans une interview accordée à la presse, Libère Bukobero a fait savoir qu’il y aurait des responsables des organisations qui continuent à remplir leurs poches en se cachant derrière les coopératives alors que les membres ne cessent de s’appauvrir. Ils tirent profit des avantages que gagnent les coopératives en prenant leurs places. Selon lui, l’organisation de cet atelier était d’une impérieuse nécessité car, le constat est que le nombre de pauvres ne cesse d’augmenter et d’ajouter que des écarts énormes ne cessent de se creuser entre les riches qui s’enrichissent davantage et les pauvres qui se paupérisent davantage. Aussi, a renchéri le Secrétaire Général d’Adisco, il y a des organisations qui continuent de promouvoir la gratuité, ce qui fait que la population burundaise se transforme en mendiant et cesse de travailler.
Des recommandations ont été formulées
Avant la clôture de cet atelier, des recommandations ont été formulées à l’endroit des différentes parties prenantes. A l’endroit du Gouvernement, il a été recommandé d’analyser la charte de l’Ecosol afin d’en faire un outil et mettre en place une structure de régulation de l’Ecosol. A l’endroit des Entreprises d’Economies Sociales et Solidaires comme les coopératives, il leur a été recommandé de respecter les principes coopératifs universelles en général et la charte Ecosol en particulier. Quant aux organisations d’accompagnement, il leur a été demandé d’organiser une séance spécifique pour échanger sur l’économie sociale et solidaire, mettre en place un cadre d’échange au niveau régional, vulgariser des principes et valeurs coopératives. En définitive, il a été convenu de vulgariser la loi régissant les coopératives, renforcer la sensibilisation des communautés sur l’Ecosol et accélérer le processus de mise en place des textes d’application de la loi notamment ceux relatifs à la fiscalité et le cadre de concertation du mouvement coopératif.



