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Un emploi sans parrainage

Témoignage du Responsable du Service de Suivi des EFA de la CNEFAC lors de la rentrée pastorale du diocèse de Nkongsamba

Je suis issu d’une famille pauvre, comme d’ailleurs beaucoup d’autres, présents dans cette cathédrale. Je me souviens bien qu’à mon jeune âge, le menu principal chez nous, en famille, était constitué du taro bouilli accompagné du piment ou du sel. Cette famille, très pauvre, a pourtant tout fait pour que je fasse des études universitaires, et je rends grâce à Dieu pour ce sacrifice.
Que peut en retour attendre une telle famille ? C’est évidemment que la personne pour qui on a fait tant de sacrifices devienne au moins un haut fonctionnaire ou un haut cadre. Malheureusement, après mes études supérieures, j’ai tout fait pour y arriver sans succès.

Un jour, après plusieurs tests d’embauche, je fus invité à passer, un après-midi, signer mon premier contrat de travail. J’étais tellement heureux que j’ai mis une veste pour immortaliser ce moment où ma vie allait prendre un autre sens. À ma grande surprise, le moment venu, on m’annonça plutôt qu’on s’était trompé de poste à pourvoir et que je n’avais pas la qualification requise pour le prétendu poste ouvert. Vous pouvez imaginer que la raison invoquée ne saurait être fondée : la vraie raison, c’est que les recruteurs ont constaté à la dernière minute que je n’avais pas de parrain pour entrer dans cette prestigieuse structure.

Après cette déception, qui n’était d’ailleurs pas la première, j’ai décidé d’apprendre un autre métier où on n’aurait pas besoin de parrain pour avancer ; c’est ainsi que je suis devenu éleveur. Mais, pour pouvoir m’installer dans ma ville natale où j’avais repéré un bâtiment abandonné, j’ai demandé à un menuisier de me fabriquer des pièces en bois pour des mangeoires et de ne pas les monter pour en faciliter le transport. Le travail terminé, j’ai emballé mes morceaux de bois dans des gros sacs et pris le chemin qui menait chez nous. Mon retour fût un évènement : en quelques minutes, comme une traînée de poudre, la rumeur courait que j’étais devenu fou car, personne ne comprenait comment quelqu’un pour qui on avait fait autant de sacrifice pouvait rentrer, après des études universitaires, avec des sacs de bois. Heureusement, au fur et à mesure que je rassemblais mes morceaux de bois pour en donner des formes, les uns et les autres ont commencé à changer de regard sur moi. Quelques temps après, ces mêmes personnes se bousculaient devant mon poulailler pour acheter du poulet. Je n’avais plus besoin d’un parrain pour trouver du travail, je venais de créer mon premier emploi.

Voilà, de manière simple, ce que vise l’Ecole Familiale Agricole : donner le maximum de chance, au moins aux jeunes sans espoir et sans soutien, de pouvoir trouver un emploi sans en courir une déviance. L’EFA donne droit à un emploi sans parrainage. N’est-ce pas là le souci également de notre Eglise : Permettre aux jeunes de trouver un emploi sans en courir une déviance ?

Le diocèse de Nkongsamba, comme l’Eglise toute entière, s’interroge sur sa propre survie et sur celle de ses paroissiens confrontés de plus en plus à la pauvreté :

-    Comment aider les pauvres chrétiens à aider le diocèse ? car, l’Eglise est d’abord l’Eglise des pauvres.
-    Comment créer, autour des paroisses, des pôles de véritable développement, où les jeunes désœuvrés trouvent de l’emploi et la paroisse de quoi vivre ?
-    Comment donner la chance à cette multitude de jeunes qui fréquentent les paroisses dans l’espoir d’y trouver un miracle pour leur quotidien?

L’Ecole Familiale Agricole qui forme en agriculture, élevage et entrepreneuriat, pourrait être un début de solution. Car, après une seule année de formation, l’EFA offre trois possibilités à ses apprenants :

1.    S’installer à son propre compte
2.    Trouver un emploi dans les secteurs de l’agriculture et de l’élevage
3.    Poursuivre, pour ceux qui le désirent, leurs études à l’EFA de la PHP de NJOMBE, par exemple, où la formation dure trois ans.

De même, les jeunes soutenus dans leur formation par les paroisses peuvent faire vivre les paroisses en y créant tout autour, des activités génératrices de revenus. Ne l’oublions pas, comme le Pape François le rappelait lors de son récent séjour à Cuba : « être chrétien, c’est lutter pour la dignité de ses frères ».

Une occasion nous est donc donnée à travers l’EFA de montrer notre chrétienté en contribuant à l’amélioration de la situation de vie précaire de nos jeunes sans espoir et de nos paroisses en quête d’une nouvelle énergie à travers des petits gestes.

Ainsi,
-   inscrire un jeune sans espoir autour de vous à l’EFA, c’est lui donner la chance de pouvoir prendre sa vie en mains.
-    inscrire un jeune de la paroisse à l’EFA, c’est donner une chance à la paroisse de pouvoir se prendre en charge ; les paroisses doivent aider les paroissiens à les aider ;

Car les élèves qui passent par l’EFA trouvent entièrement satisfaction et deviennent des moteurs de développement partout où ils seront.

Nkongsamba, ce 26 septembre 2015

Emile WOBENSO
Responsable du Service de Suivi des EFA de la CNEFAC

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